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Du 23 au 31 Juillet 2007
 

23 juillet:

Nous attendons du matériel afin que je puisse me lancer sur le GR 20.

Apparemment, les colis en Corse sont assez long à arriver. Nous avons vraiment beaucoup de joie d'être ici. On peut enfin se faire comprendre assez facilement.
On a également pu avoir accès à la culture, ce qui nous manquait en Italie. Même si les nouvelles du monde ne sont pas ce qui nous interesse le plus, ça fait plaisir de pouvoir lire un magazine.

Nous attendons également le lecteur MP3 qui nous aurait bien remonté le moral et donné de l'énergie lorsque nous avions besoin.
Enfin, tout cela est derrière nous et nous devons donc nous tourner vers les 2000 km qui nous reste jusqu'à Gibraltar.

C'est trois jours de pause qui nous attendent. Moment pour souffler un peu.

27 juillet:

La poste est en effet pas très rapide mais nous avons enfin reçu ce que nous attendions. Nous remballons donc nos affaires et nous voilà parti.

Je vois tout au long des 25 km qui nous séparent de l'entrée du GR que Laëtitia est inquiète. Nous n'avons nullement besoin de parler pour nous comprendre. Cela fait 7 mois que nous sommes à moins de 10 mètres l'un de l'autre et la perspective de nous séparer pour la première fois effraie Laëtitia.

En effet, pour bien nous donner la pêche, un corse nous a appris que 4 randonneurs avaient trouvé la mort récemment sur le GR.

Ceci dit, je sais ce que je fais et je pense avoir acquis la maturité nécessaire pour envisager chaque situation.

Après seulement quelques kilomètres, nous constatons qu'une soudure de la remorque a cédé et celle-ci menace de se disloquer. Un hasard étrange fait que nous nous trouvons juste en face d'une ferronerie qui nous réparera ça en 5 minutes.

Le moment fatidique arrive, il est 13 h à Sainte-Lucie de Porto- Vecchio.
Laëtitia a beaucoup de mal à me voir partir et me mitraille de photos sur chaque foulée jusqu'à ce qu'elle ne m'aperçoive plus. Je me retourne une dernière fois, fait un signe de la main et nous voilà séparé pour quelques jours...

Après 40 minutes de course, j'arrive enfin devant l'entrée du GR. Avec le sac à dos chargé, je m'attend à souffrir quelque peu.

Dès les premiers raidillons, je sens que la difficulté ne fera que s'accentuer et j'essaie de courir à l'economie. 170 km, c'est très long, surtout en montagne.

J'avance assez vite car la première partie est assez roulante. Ca se compliquera ensuite et ce n'est qu'à 18 h 30 que j'atteindrai le premier refuge. Etant assez tard et fatigué, je m'y arrête. Je ne dispose pas d'assez de temps pour rejoindre le suivant avant la nuit.

Les portables ne passent pas et Laëtitia doit s'inquiéter. A cette idée, je ne dormirai pas très bien.

28 Juillet:

C'est une nuit épouvantable que je viens de passer.
Un ronfleur comme je n'en ai jamais entendu à dormi au refuge.
Je suis assez en colère car je trouve que c'est un manque de respect total vis à vis des autres. Lorsque l'on sait que l'on a des problèmes de ronflement, on dors en tente et pas en dortoir.

C'est donc avec 2 H de sommeil que je reprend le GR. Il est 6 h du matin et je suis seul sur la piste.

Après 1 h de course, je choisi la variante alpine qui me fera gagner à peu près une heure mais avec beaucoup plus de difficultés.

Première erreur, cette variante est super pour un randonneur, mais pour un coureur, l'énergie dépensée est colossale. Les quelques barres de céréales que j'ai emporté ne seront pas suffisantes. Mais le problème n'est pas encore là. Ma réserve d'eau de 2 litres est vide en moins d'une heure et il n'y a plus aucun point d'eau avant de redescendre.

C'est donc sous une chaleur d'enfer sans eau que je continuerai encore 4 heures avant de trouver de l'eau.

L'effort est assez éprouvant et je paie le prix des 8000 km que j'ai déjà parcouru depuis janvier. Je ne me sens pas bien, je n'ai pas les chaussures adéquats même si elles sont normalement prévues pour le trail. Mes pieds sont en sang. Je pensais également pouvoir me ravitailler facilement dans les refuges mais ce n'est pas le cas.

Le dénivelé ne permet pas de courir tout le temps, la progression s'apparente à de l'escalade. Je ne vais pas assez vite et je ne connais pas le sentier. Il me faudrait une logistique avec des ravitaillements réguliers pour pouvoir le faire en courant. Mon équipement est trop light.

Laëtitia arrive enfin à m'avoir sur le portable et je lui explique mes difficultés. Elle est accueilli à la caserne de Cervione qui me donneront de précieux conseils.

Après quelques dicussions et étant donné que je ne croise quasiment personne malgré la saison, la moindre défaillance pourrait être très dangereuse. Je ne suis pas au bord d'une nationale où 5000 voitures passent chaque jours.

C'est donc au tiers du GR que je décide de le quitter pour rejoindre Laëtitia sur la côte Est. Mais je ne suis pas au bout de mes peines. De longues heures de progression m'attendent encore.
Je redescends donc au refuge le plus proche où je passerai la nuit et reprendrai la route tôt demain matin.

29 juillet:

Dès 5 h, je prends le sentier éclairé par la frontale. Je surprendrai plusieurs mouflons et assisterai à un superbe levé de soleil.

Il me faudra rejoindre une ancienne bergerie puis rattrapper un chemin DFCI qui me permettra de redescendre sur la côte.

Tout ça sans nourriture, juste avec de l'eau. Heureusement, le fait de partir à la fraiche limitera ma consommation. J'arriverai donc au refuge vers 10 h. 3h plus tard, j'arriverai dans un petit village.

Il me restera encore 20 km pour arriver à Ghisonaccia. Malheureusement, le village ne dispose d'aucun endroit pour me restaurer et je n'ai rien avalé depuis hier soir. Les 8 h d'effort m'ont quand même bien entammé.

Je demande donc à une dame si elle connait un endroit proche me permettant de me ravitailler. Immédiatement, elle m'invitera chez elle et me préparera un sandwich. Je devais avoir un visage marqué sans doute.

Je repartirai 1 h plus tard par un sentier qui me permettra de gagner 6 km.
j'arriverai donc vers 16 h au centre de secours de Ghisonaccia. Je ferais les 50 km restant pour rejoindre Laëtitia le lendemain matin.

30 juillet

Je n’ai pas de nouvelles de Sylvain depuis hier midi. Je sais uniquement qu’il a réussi à sortir du GR20 avec quelques difficultés et qu’il est arrivé dans un village où une femme semble-t-il très charmante l’a nourri et remonté le moral, merci madame!

Mais une nuit a passé et je m’inquiète. Qu’a-t-il fait cette nuit, il est sur la national à l’heure qu’il est et il a forcément des moyens sur la route pour me téléphoner. Cela va faire un jour et demi sans aucune nouvelle. Je me fait des films et exagère semble-t-il la situation.

Et pourtant, cela fait 8 mois que nous sommes ensemble 24h/24, il est difficile pour moi de vivre sans lui à moins de 10 mètres et là, 100 kilomètres de montagne nous séparent. Tout est possible. Surtout parce qu’il quitte le sentier à cause d’une grande fatigue général et un manque d’hydratation sur le GR.

Les heures passent, il est 17h30, j’angoisse de façon démesurée comme la veille de partir au Cap Nord (peur de l’inconnu). Je fais part de mes appréhensions aux pompiers de Cervione qui m’accueillent depuis 2 jours à la caserne en attendant Sylvain.

Le chef de garde décide sans me prévenir d’aller à sa rencontre avec un véhicule de casernement. Je le revois un peu plus tard dans les locaux et me dit avec
assurance: « Votre collègue porte un tee-shirt orange, sac à dos et bâtons de ski, et bien il est à moins d’un kilomètre d’… »

Ce pauvre monsieur n’a pas le temps de terminer sa phrase que le linge blanc que je portais dans les bras tomba à terre avec le téléphone portable s’écrasant au sol complètement disloqué.

Je file direction le réfrigérateur, attrape une boisson bien fraîche et pique un sprint mémorable direction la nationale. Mon cœur s’emballe d’excitation et de soulagement, mais dans quel état vais-je le retrouver ?

J’aperçois le tee-shirt orange et opère sans allure. D’un coup d’œil, je suis rassurée et vois qu’il se porte bien. Sa foulée, je la connais mieux que lui et sais dire ce qu’il se passe chez cet extra-terrestre des temps modernes.

Embrassade de soulagement pour tous les deux. Mais que font ces 2 là sur une nationale à s’embrasser, ont du se dire nos amis corse.

Il rentrera en caserne avec le respect de ses camarades pompiers.

Je le remettrai sur pied, il l’a bien mérité.


31 juillet

Bonjour à tous,

Nous reprenons la route ,cette fois-ci, à deux!
Et quel bonheur, comme une bouffée d'oxygène pour lui et moi.

Le terrain est vrai vrai boulevard pour Sylvain après ce qu'il vient de traverser. Pouvoir boire à saciété quand il le veut lui fait prendre conscience qu'il était vraiment dans des conditions plus que spartiates.
Et pour moi, avoir de l'aide morale et physique dans les montées change complètement la donne.
C'est donc vers Bastia que nous nous dirigeons où les pompiers de la ville nous attendent...
Enfin pas vraiment puisqu'ils sont à l'oeuvre depuis 10h00 ce matin pour un gros incendie d'usine qui a mobilisétoute une équipe.

Ils arrivent fort fatigués et nous aussi, la chaleur et le vent nous ont suivi toute la journée.
Mais tout ce passera bien malgré le manque de place. Ils nous libéreront une chambre avec un seul lit mais ce sera suffisant.

Nous ferons la connaissance de Ange dit "Tonton", un ancien bien sympathique et président de l'amicale entre autre. Un sacré gaillard avec un coeur en or.
Notre bateau pour Nice étant prévu pour 8h, il propose de nous emmener prendre le petit déjeuner en face de la caserne le lendemain matin à 6 h 30.


Du 1 au 22 Juillet 2007
 

1 juillet
Après ce petit entract à Pompéi, notre route se pousuivait vers le sud de l'italie.
La chaleur est bien évidemment la difficulté majeure qui,associée avec le dénivelé, n'est pas une mince affaire. Mais Laëtitia m'épate de jour en jour. Depuis le début des Alpes jusqu'à maintenant, elle n'a mis que 3 fois le pieds à terre et bien souvent dans des parties où beaucoup de cyclistes confirmés souffriraient vraiment bien.
Et qui plus est, tout assis sur la selle car le poids des bagages l'empêche de se mettre en danseuse.
Par contre, j'ai les reins qui commencent à fatiguer à la pousser mais je suis tellement fier d'elle!
A proximité de Salerne, deux cyclistes nous interpellent. Après nos explications, ils restent bouche bée. Bellissima!!!!
On aura au moins impressionné quelques italiens!
Après s'être arrêté quelques dizaines de minutes à Salerne pour manger un sandwich, nous reprenons la route pour enfin arriver à destination après 55 km
J'aime bien ces heures et surtout lorsque l'on a pas besoin de chercher un endroit pour dormir.
Nous passerons la nuit dans un camping que nous aurons l'immense joie de ne pas payer le lendemain. Ca nous remet du baume au coeur pour la journée, ces marques de gentillesse étant très rares chez les italiens.
Merci beaucoup.

2 juillet
Une partie très difficile nous attend dans les jours qui viennent. En effet, notre route traversera le parc naturel de Cilento avec des côtes à 14 pour cent.
Préférant s'économiser, nous décidons de faire une courte étape de 30 km, ce qui nous permis d'arriver vers 14 h et de profiter d'une demi journée de repos à Agropoli qui se situe à l'entrée du parc naturel.

3 juillet
Comme prévu, la difficulté fut au rendez-vous.
Le plus dur est de savoir que l'étape ne fera que monter et que la descente sera pour un autre jour.
C'est donc plié en deux sur la remorque que j'effectuerai cette étape.
Dur, dur!!!!
C'est donc après cette difficile étape de 55 km que nous arrivons à Ascea ou nous camperons pour la nuit.

4 juillet
Ce début d'étape très difficile nous fera rencontrer des allemands traversant l'italie en vélo durant leurs vacances. Rencontre sympa sur le bord d'une route de Cap Nord- Gibraltar!
Ca nous a fait du bien de pouvoir enfin discuter avec des gens car l'hostilité des italiens nous ronge. Les allemands aussi ont eu quelques péripéties avec la population ce qui nous rassure dans le fait que ça ne vient pas de notre attitude.
Le reste de l'étape fut d'une très très grande difficulté et nous ne pourrons pas finir à l'endroit prévu.
Par contre, le paysage sera d'une beauté époustouflante. Bien loin de ce que nous avions vu jusqu'à présent en Italie.
Cependant, ce jour étant assez particulier, j'ai des scrupules à faire souffrir laëtitia autant et je cède à l'idée d'écourter cette étape. En effet, c'est son anniversaire et je décide de l'emmener dormir dans un vrai lit.
La chance nous sourit car nous nous arrêtons à Camérota dans un petit village de vacances ou nous aurons le privilège de profiter de tout le complexe étant seuls. Une superbe chambre comme nous n'en avons pas vu depuis longtemps nous ouvrait les bras. Lorsque l'on en est privé depuis autant de temps, ça fait tout bizarre. On se saurait senti presque géné d'autant de confort.
Avec ça, nous nous sommes fait un petit repas sympa avec des olives fraiches et du saucissons!!!!....et des carbonara!

5 juillet
L'étape la plus dur depuis la Norvège!!!
En effet, après notre petit confort de la veille, la route nous remis face à la réalité. Incroyablement belle, elle allait nous faire souffrir à un point que je n'imaginai plus.
Parti à 9 h le matin, l'étape allait s'achever dix heures plus tard. Et sans faire d'arrêt!
C'est donc complètement KO que nous arrivions dans un petit village. Mais les difficiltés n'étaient pas finies car il nous fallait encore trouver un endroit pour la nuit.
Après avoir interpellé une vieille dame, celle-ci, ancienne professeur de français nous proposait son jardin. Miracle!
Malheureusement, ce terrain est à 20 mètres de la voie ferrée où les trains de marchandises ne cesseront de passer toute la nuit.

6 juillet
Après cette nuit agité sans réel repos, c'est très fatigué et sans récupération que nous reprendront la route.
Un peu tard malheureusement car la vieille dame a tenu à nous faire un cours de français avant de partir. Le scoop du jour, c'est que Laëtitia ne s'appelle pas Laëtitia mais Laétitia. Allez savoir....!
Malgré tout, apès quelques km un peu difficile, la route plate refaisait son apparition.
Après un arrêt chez un marchand de cycle afin de se procurer des chambres à air non creuvées,celui-ci allait nous trouver un hébergement pour la nuit dans une plage privée.
Même si les contacts restent difficiles, l'italie du dud est un peu plus accueillante. Espérons que cela se confirme.

7 juillet
Nous nous trouvons à une centaine de km de la Sicile et il nous tarde de la rejoindre.
Aujourd'hui, l'étape ne fut sans aucune difficultées majeures...avant la fin!
En effet, nous serons refusés dans le camping où nous avions prévu de nous arrêter, sans motif particulier mais un mépris total à notre égard. Une animatrice du camping parlant français fut vraiment désolé pour nous "mais c'est le patron".
Finalement, nous avons pu nous loger dans un petit hôtel pour pas très cher. Miracle!
2 nuits dans le confort cette semaine, on aurait presqu'envie d'y rester.
Enfin, ce qui est pris et pris car nous ne savons pas de quoi demain sera fait.

8 juillet
Avant dernière étape avant la sicile et nous sommes vraiment impatient.
Impatient de savoir ce qui nous attend là-bas. Un des archéologues de Pompéi nous avait dit que c'était différent alors il nous tarde de voir ça.
La Calabre, où nous sommes, est une belle région mais leur problème d'insalubrité gâche beaucoup.
L'étape se déroulera tranquillement à part les passages très dangereux dans les tunnels non éclairé. Nous nous sommes fait très peur parfois.
Les italiens n'ont pas de respect pour les autres usagers et nous dérangeons toujours autant sur les routes. Vivement la Sicile...demain....

9 juillet
C'est en milieu d'après-midi, après notre étape que nous prîmes le bateau et que nous disions enfin aurevoir à l'italie continentale.
Bonne surprise puisque la traversée fut gratuite pour les passagers. Nous avons juste dû payer une somme dérisoire pour le vélo.
C'est donc sans regret que nous quittions ce pays qui nous fit tant souffrir moralement. Il a vraiment fallu tenir bon et se convaincre chaque jour que ce que nous faisions était bien et que nous avions le droit d'être là.
Souvent seuls et sans contacts puisque sans internet, nous avons dû affronter de nombreuses difficultées qui nous ont renforcé et donner encore plus de courage pour aller au bout de cette aventure.
Nous pensons aussi également beaucoup à vous tous qui nous soutenez et sachez qu'à chaque difficulté, nous vous sentons prêt de nous et nous y puisons la force pour toutes les dépasser.
C'est donc en fin d'après midi que nous mettions les pieds en Sicile.
Après quelques kilomètres éffectués dans la ville de Messine, nous tombons sur un internet café!
Nous allons enfin pouvoir mettre à jour le site!!!
Le soucis malheureusement est que nous n'avons pas beaucoup de temps et que nous devons encore trouver un endroit pour dormir.
Nous n'avons également rien avalé de la journée.
Nous allons donc tester l'hospitalité sicilienne!
Après avoir pu manger quelque chose dans une sandwicherie, nous demandons au gérant s'il connait un endroit ou planter notre tente. (nous avions déjà posé cette question à l'internet café).
Il y a bien la plage mais la ville n'est pas très sûre et nous craignions de nous faire voler. La réponse fut par la négative à chaque fois.
Un employé, scoot, nous dit que nous pourrions être hébergé dans leur local près de l'église.
C'est alors qu'il nous laisse pendant 30 minutes. Il est déjà 20 h 30 est il nous tarde de trouver enfin un endroit pour dormir lorsqu'il revient d'un air dépité:"le prêtre se méfie de vous et il ne vous veut pas dans les locaux!"
BRAVO !!!!!!!!!!!!!!!!
Et dire que ce genre de personne prône la fraternité et l'entraide chaque dimanche!!
C'est donc après plusieurs tentatives et désespéré que nous choisissons d'attaquer notre étape de nuit. Il nous faut pour celà gravir le col de rizzo où nous trouverons peut-être un endroit où planter la tente. Il est 21 h...
C'est donc dans les quartiers les plus mal famés de la ville que nous passons à ces heures tardives afin de rejoindre la route qui mène au col.
C'est en essayant de rester le plus discret possible que nous gagnerons notre salut.
Malgré tout et en puisant dans nos ressources de façon extraordinaire, noius arrivions enfin au sommet du col vers 23 h30 dans un endroit tranquille à l'abri de tous les regards.
Malheureusement, Laëtitia, fidèle à elle-même, s'aperçoit qu'elle a laissé le double toit de la tente au pied du col lorsqu'elle s'est saisi de la lampe frontale.
C'est donc 10 kilomètres de descente et autant de montée qui m'attendait dans le noir le plus complet...à vélo cette fois-ci!
En espérant que personne n'y ait touché, je dévallais la montagne à une allure vertigineuse. Il ne me fallu qu'une dizaine de minute pour arriver en bas et retrouver le double toit. Il m'en fallu un peu plus pour remonter!
Vers 0h 30, je pus enfin m'allonger et récupérer d'une journée de dingue!

10 juillet
Nous avons une connexion internet au camping où nous sommes.
La Sicile à l'air plus développé que l'italie du sud car elle est très touristique et je pense que l'on ne devrait pas avoir de mal à trouver une connexion.
Cependant, après l'étape d'aujourd'hui, nous ne sommes déjà plus qu'à quelques jours de quitter la sicile pour la Sardaigne. En tout cas, les siciliens ont l'air plus tolérants sur la route, c'est déjà ça.

11 juillet
Ce matin, comme pour beaucoup de matins, nous levons notre campement avec ardeur pour partir à la fraîche.
Puis nous nous laissons tenter par un de leur savoureux cappuccino, l'endroit est agréable, des jours déjà passés de Cap Nord-Gibraltar nous reviennent en mémoire.
Cela fait une dizaine de jours que nous ne nous sommes pas reposés, il nous vient l'envie de rester et d'écrire, tellement d'évènements nous reviennent, des reflexions sur
toutes ce que nous avons déjà pu vivre.
Nous sommes riches de si nombreuses rencontres qu'il nous faut vous les faire partager.
Internet est à notre disposition et il nous tarde de parler à nos familles sur skype depuis si longtemps...
Une belle journée pour nous requinquer et nous remémorer!

12 juillet
Nous quittons la ville de Marinello pour rejoindre Capo d'Orlando. Nos espoirs d'Italie du sud se confirment. Les automobilistes sont beaucoup plus tolérants en Sicile et les gens que nous
avons pu croiser sur notre route sont d'une gentillesse qui nous a été rare de voir.
Mais aujourd'hui, la réalité de l'étape sera celle de la chaleur et des montagnes.
Et un petit col pour se chauffer les cuisses et mollets, les étapes de grimpettes du Tour de France sont pour demain, il faut m'entraîner jusqu'au bout !!!
Les 40 degrès nous feront boire et reboire aux fontaines jalonnant notre route en bordure de corniche.
Puis nous feront la rencontre d'une charmante famille française qui nous accueillera chez elle avec toute la sympatie que nous connaissons à de nombreuses personnes de notre cher pays la France.
Vincent, le papa de cette belle et grande famille parcourra une bonne 10ène de kil à nos côtés sur des bords de plage à faire palir la mer des Caraïbes. Paysages assez exceptionnels à 3 ou 4 heures d'avion de la France, et dire que ces plages sont vides de touristes en plein mois de juillet, avis aux amateurs!!

13 juillet
Après être revenu sur nos pas pour récupérer un passeport oublié (bravo Laëtitia!), nous reprenons le début de notre étape à 15h00 ! Aujourd'hui, il fait 48 degrés et 45 km à parcourir quoiqu'il arrive.
Faux plats montants à répétition avec le vent de face, c'était pas très beaux à voir.
Les coureurs de rêves sont exténués déjà après 25 km. Nous ferons plusieurs fois machine arrière, les routes principales partent en delta et jamais aucun panneau ne nous confirme le bon chemin.
Ce n'est que lorsque que nous pouvons rencontrer une personne sur la route que nous demandons conseils et bien sûr ces chemins ne figurent pas sur nos cartes. D'autant plus que la plupart du temps celles-ci finissent en cul-de-sac!
Et puis celà fait plusieurs semaines que Laëtitia a une tendinite à chaque genoux. Les boissons presque brûlantes que nous buvons la rendent malades et puis il faut dire qu'elle a un petit coeur, un rien lui donne la nausée. Mais aujourd'hui, elle souffre énormément, je m'en rendrais compte dans une situation courante de ces derniers jours :
"Nous venons de creuver pour la 2ème fois de la journée et nous décidons de ne pas réparer, rien que de gonffler à fond. Elle se saisit de la pompe, commence à gonffler puis s'arrête et s'effondre de douleur sur place. Elle craque; crise de larmes et de douleurs, raz le bol de ces creuvaisons, de la chaleur, de chercher une route introuvable, des boissons chaudes, du manque de sommeil et des ces km qui
n'en finissent plus. Il est tard, il va bientôt faire nuit, il est grand temps qu'on arrive."
C'est finalement dans un camp de romanichels avec les douches sur le parking, rideaux de douche en papier qui s'envole à la moindre brise que nous passerons la nuit bercés par la voix de Laura Pausini...

14 juillet
La nuit dernière, c'est dans un bled du nom de Villa Margi que nous faisions escale. Ce camp de voyageur a été légué à ces gens du voyage par la ville qu'ils ouvrent à qui ose demander de s'y installer pour
la nuit. En effet, hier soir j'étais tellement fatiguée que je n'avais pas réalisé à qui nous avions affaire.
Et vous savez quoi? On a été au petit soin pour nous jusqu'à notre départ. Achat de kilomètres pour les enfants, carte de la région (avec les petites routes de m...), sac plastique remplis d'au moins 10 kg de tomates sucrées et juteuses de leur jardin, boissons fraîches et sourires d'ange venus du ciel pour illuminer notre journée et nous redorer le moral.
Une merveille de rencontre dans un endroit plus que paumé, comme un air de Pologne!
Nous prenons alors la direction de Cefalù, avec comme prévu une route plate et un camping à 500 mètres d'altitude juste sur la fin. Trois côte à plus de 15%.
Nous arrivons malgré tout assez tôt, vers 15 h ce qui nous permet de nous reposer. Mais c'était sans compter sur nos chers amis italiens que nous avons pour voisin. En effet, ils décident, après leur sieste, d'allumer un barbecue à 3 mètre de notre campement en veillant bien entendu à ce que les fumées s'évacuent dans notre direction.

15 juillet
Nous reprenons donc notre route et passons par une zone industrielle assez glauque. Nous sommes aux abords de Palerme et l'approche des grande ville est toujours difficile car la saleté refait son apparition sur le bord des routes.
Malgré tout, nous arrivons dans un camping assez sympa mais qui fait un peu trop club de vacance à notre goût. Ce qui est sûr, c'est que nous aurons un peu de mal à dormir.
Et ça se confirme. Un balai incessant de voitures dans les allées du camping ne nous fera nous endormir qu'à 1 h du matin après que Laëtitia, furieuse, soit allée s'en plaindre à la direction qui ferma immédiatement le camping à la circulation.

16 juillet
Aujourd'hui, direction Palerme où nous envisageons de passer au Port afin de nous renseigner sur les bateau en partance pour Cagliari. En effet, nous avons eu quelques infos sur le
fait qu'il n'y a peut-être pas de bateau au départ pour la Sardaigne.
Et nous avons bien fait (pas vraiment mais vous lirez plus tard).
On nous indique qu'il n'y a pas de bateau au départ de Trapani et qu'il n'y en a qu'un seul par semaine au départ de Palerme. Nous sommes lundi et le prochain départ est prévu pour Dimanche!!!
Après un branle-bas de combat qui nous amena de compagnie en compagnie maritime, seule 1 compagnie assure ce trajet. Le plus simple est de rejoindre Naples où il y a des départ tous les jours."
Le principal souci est que nous devrons payer deux traversées et que notre budget a fondu comme neige au soleil en Italie. Nous arrivons cependant à négocier un peu le prix du voyage. Il est 19 h 45 et le bateau part dans 15 minutes.

17 juillet
Nous voyagerons donc toute la nuit pour arriver à 5 h 30 à Naples. Ce n'est pas avec beaucoup de joie que nous retrouvons cradoland mais ce n'est qu'une histoire de quelques heures. Mais les agences n'ouvrent qu'à 9h. Nous attendons donc patiemment.
Nous sommes donc les premiers à l'ouverture de la seule compagnie assurant les départs pour la Sardeigne.
COUP de THEATRE, il n'y a pas de départ de Naples pour la Sardeigne, par contre, il y en avait bien un aujourd'hui au départ de Palerme. Le guichettier de Palerme nous a menti. Vu la façon dont laquelle nous sommes entré sur le bateau, je soupçonne qu'il ait mis l'argent du billet dans sa poche parce
qu'il connaissait bien les personnels de ce bateau.
Résultat, le prochain bateau sera au départ de Civitavecchia près de Rome dimanche prochain. C'est donc complètement dépité que nous cherchons une solution.
Le prix de la traversée est trop élevé et nous ne pouvons pas nous le permettre sans compter qu'il s'agit d'une magouille de l'un de leurs agents et qu'il nous faudra prendre le train jusque Civitavecchia et je ne sais pas comment nous allons faire avec le vélo et la remorque. Nous exigeons la gratuité de la traversée. On nous rit au nez avant de comprendre que nous n'avons pas envie de rire. Nous devons donc revenir jeudi afin d'avoir la réponse. En attendant, nous sommes à la rue dans une ville où il n'est pas trop recommandé d'y rester.
Après quelques réflexions, nous décidons d'aller à Pompéi à 20 km afin de retrouver les archéologues français et leur demander l'hospitalité.
Nous arrivons donc en milieu d'après-midi et cherchons une solution pour entrer en contact avec eux sans payer l'entrée sur le site. Finalement, nous interpellons deux touristes américains à travers la grille et leur demandons d'aller chercher Sébastien, l'archéologue responsable de la fouille.
Moins d'une minute après, surpris de nous voir, il arrive et nous accueille à bras ouvert après lui avoir expliqué la situation. Merci infiniment. Nous sommes donc à Pompéi jusque dimanche. C'est très difficile psychologiquement de revenir à un endroit où nous sommes déjà passé et d'y rester plusieurs jours.

20 juillet
Le fait de ne pas courir provoque une rétention d'eau et des oedème se forment au niveau de mes chevilles. Je dois donc courir quelques kilomètres chaque jour pour minimiser le phénomène.
Hier, jeudi, nous avons donc appris que nous n'aurons pas la gratuité de la traversée, juste une réduction. Mais le coût est encore trop élevé. Ce contre-temps nous fait perdre presque une semaine de course au moment où il était important d'être dans les délais.
Nous sommes attendus dans certaines villes de France et le retard accumulé désormais ne nous permet pas d'envisager d'y être à temps même sans jours de repos. Ces échéances sont trop
proches.
Nous réfléchissons donc à un possible changement d'itinéraire qui nous permettrai d'être dans les délais et de nous coûter moins d'argent également. Peut-être que nous irons directement
en Corse. Mais je ne suis pas encore décidé et j'ai beaucoup de mal à envisager cette solution. Je me retrouve un peu dans le même état d'esprit que lorsqu'il a fallu renoncer à notre passage en Russie.
A suivre...


22 juillet
Après avoir passé cinq jours fabuleux avec Sébastien et son équipe d'archéologues à Pompéi, nous devions les quitter ce matin pour reprendre enfin la route de Gibraltar.
Nous ne saurions jamais les remercier assez pour l'aide qu'ils nous ont apporté. Nous avons eu de nombreuses discussions passionnantes avec Sébastien qui se trouve être un archéologue de renommée internationale.
Chercheur au CNRS, il parcourt le monde à la recherche de sites archéologiques et multiplie les expéditions dans les déserts et autres régions arrides du globe. Bref, un véritable aventurier ! Si nos chemins se sont croisés, ce n'est sans doute pas pour rien...
C'est donc vers 6 h que nous nous dirigions vers la gare de Pompéi afin de prendre le train pour Civitavecchia, départ du bateau... pour la Corse!
En effet, après une longue discussion et compte tenu des finances, du temps que nous avons perdu et de tas d'autres facteurs, il ne nous sera pas possible de rejoindre la Sardaigne si nous voulons être à Marseille à temps. Les Italiens ont réussi à nous pourrir la vie et à nous dévier de notre chemin. Mais nous gardons le cap, après tous les kilomètres avalés jusqu'à présent (plus de 8000 km) le contrat
sera rempli. Nous parcourerons tout de même plus de 10 000 km pour réaliser les rêves des enfants malades.
Et le plus important est les enfants pas notre propre orgueil. L'argent que nous n'aurons pas utilisé servira aux enfants et l'Italie nous a coûté cher. Nous stoppons donc les frais !
Mais décidément, les Italiens étaient bien décidés à nous pourrir encore plus.
En effet, à peine le train entré en gare, les contrôleurs nous sautaient dessus afin de nous empêcher de prendre le train avec le vélo et la remorque. Ce que nous redoutions arrive. L'attitude d'un des contrôleurs dévie et une bagarre éclate sur le quai.
Après avoir réussi à monter le vélo dans le train, il pousse Laëtitia violemment et s'empare du vélo pour le jeter du train. C'est alors que je le repousse de la même façon. L'échauffourée éclate et les portes du train se referment. Nous avons déjà fait perdre 6 minutes au train et il démarre donc en direction de Naples.
Le contrôleur, comprenant qu'il risque de passer un mauvais quart d'heure tourne les talons en vociférant qu'il va appeler la Police.
Alors que le calme est revenu, les passagers viennent nous voir un à un en nous disant qu'il vaudrait mieux descendre car la Police de Naples risque de ne pas rire avec nous. Je leur répond que nous n'avons de toute façon pas le choix, il n'y a qu'un bateau par semaine et si nous le ratons, c'est
une catastrophe pour la suite du périple. De toute façon, aucun train n'accepte les vélo.
Laëtitia, assez choquée décide d'aller voir l'un des contrôleur (un petit)qui n'a pas pris part à la bagarre. Elle lui explique la situation gentillement et lui même se dit géné de la réaction excessive de son collègue. Il dit également que la Police nous attend sur le quai et qu'il vont nous expulser par la force.
Vient alors l'arrivé à Naples et nous voyons le petit contrôleur se précipiter vers nous, nous faire descendre du wagon afin de nous emmener dans un autre wagon où il y aurait éventuellement une place pour le vélo et la remorque. La police ne nous trouvera donc pas avant le départ du train. Ensuite, ce même contrôleur nous délivrera un ticket validant le paiement du transport du vélo et nous "immunisant" contre toute tentative d'expulsion. Merci mille fois.
Nous avons eu chaud!
D'autres contrôleurs tenteront leur chance à Rome mais sans succès dû à la présence de notre ticket magique! Et PAN, UNE CAROTTE LES ITALIENS!!! "On est les champions, on est les champions..."
Nous nous retrouvions donc quelques heures plus tard dans le bateau nous menant enfin en territoire français. Nous nous sentons comme des réfugiés politique ayant réussi à fuir le régime.
Vers 19 h, nous posions le pied à Porto Vecchio où nous nous dirigeâmes directement au centre de secours. Après une rapide explication, c'est au camping que l'amicale des pompiers de Porto Vecchio nous logera dans un bungalow tout confort et nous paiera le repas du soir dans la pizzeria du Camping.
Ouf, nous sommes de nouveau sur la route de Gibraltar...


Sylvain et Laëtitia
Rainbow Dreams Runners