23 juillet:
Nous attendons du matériel afin que je puisse me lancer sur le GR 20.
Apparemment, les colis en Corse sont assez long à arriver. Nous avons vraiment beaucoup de joie d'être ici. On peut enfin se faire comprendre assez facilement.
On a également pu avoir accès à la culture, ce qui nous manquait en Italie. Même si les nouvelles du monde ne sont pas ce qui nous interesse le plus, ça fait plaisir de pouvoir lire un magazine.
Nous attendons également le lecteur MP3 qui nous aurait bien remonté le moral et donné de l'énergie lorsque nous avions besoin.
Enfin, tout cela est derrière nous et nous devons donc nous tourner vers les 2000 km qui nous reste jusqu'à Gibraltar.
C'est trois jours de pause qui nous attendent. Moment pour souffler un peu.
27 juillet:
La poste est en effet pas très rapide mais nous avons enfin reçu ce que nous attendions. Nous remballons donc nos affaires et nous voilà parti.
Je vois tout au long des 25 km qui nous séparent de l'entrée du GR que Laëtitia est inquiète. Nous n'avons nullement besoin de parler pour nous comprendre. Cela fait 7 mois que nous sommes à moins de 10 mètres l'un de l'autre et la perspective de nous séparer pour la première fois effraie Laëtitia.
En effet, pour bien nous donner la pêche, un corse nous a appris que 4 randonneurs avaient trouvé la mort récemment sur le GR.
Ceci dit, je sais ce que je fais et je pense avoir acquis la maturité nécessaire pour envisager chaque situation.
Après seulement quelques kilomètres, nous constatons qu'une soudure de la remorque a cédé et celle-ci menace de se disloquer. Un hasard étrange fait que nous nous trouvons juste en face d'une ferronerie qui nous réparera ça en 5 minutes.
Le moment fatidique arrive, il est 13 h à Sainte-Lucie de Porto- Vecchio.
Laëtitia a beaucoup de mal à me voir partir et me mitraille de photos sur chaque foulée jusqu'à ce qu'elle ne m'aperçoive plus. Je me retourne une dernière fois, fait un signe de la main et nous voilà séparé pour quelques jours...
Après 40 minutes de course, j'arrive enfin devant l'entrée du GR. Avec le sac à dos chargé, je m'attend à souffrir quelque peu.
Dès les premiers raidillons, je sens que la difficulté ne fera que s'accentuer et j'essaie de courir à l'economie. 170 km, c'est très long, surtout en montagne.
J'avance assez vite car la première partie est assez roulante. Ca se compliquera ensuite et ce n'est qu'à 18 h 30 que j'atteindrai le premier refuge. Etant assez tard et fatigué, je m'y arrête. Je ne dispose pas d'assez de temps pour rejoindre le suivant avant la nuit.
Les portables ne passent pas et Laëtitia doit s'inquiéter. A cette idée, je ne dormirai pas très bien.
28 Juillet:
C'est une nuit épouvantable que je viens de passer.
Un ronfleur comme je n'en ai jamais entendu à dormi au refuge.
Je suis assez en colère car je trouve que c'est un manque de respect total vis à vis des autres. Lorsque l'on sait que l'on a des problèmes de ronflement, on dors en tente et pas en dortoir.
C'est donc avec 2 H de sommeil que je reprend le GR. Il est 6 h du matin et je suis seul sur la piste.
Après 1 h de course, je choisi la variante alpine qui me fera gagner à peu près une heure mais avec beaucoup plus de difficultés.
Première erreur, cette variante est super pour un randonneur, mais pour un coureur, l'énergie dépensée est colossale. Les quelques barres de céréales que j'ai emporté ne seront pas suffisantes. Mais le problème n'est pas encore là. Ma réserve d'eau de 2 litres est vide en moins d'une heure et il n'y a plus aucun point d'eau avant de redescendre.
C'est donc sous une chaleur d'enfer sans eau que je continuerai encore 4 heures avant de trouver de l'eau.
L'effort est assez éprouvant et je paie le prix des 8000 km que j'ai déjà parcouru depuis janvier. Je ne me sens pas bien, je n'ai pas les chaussures adéquats même si elles sont normalement prévues pour le trail. Mes pieds sont en sang. Je pensais également pouvoir me ravitailler facilement dans les refuges mais ce n'est pas le cas.
Le dénivelé ne permet pas de courir tout le temps, la progression s'apparente à de l'escalade. Je ne vais pas assez vite et je ne connais pas le sentier. Il me faudrait une logistique avec des ravitaillements réguliers pour pouvoir le faire en courant. Mon équipement est trop light.
Laëtitia arrive enfin à m'avoir sur le portable et je lui explique mes difficultés. Elle est accueilli à la caserne de Cervione qui me donneront de précieux conseils.
Après quelques dicussions et étant donné que je ne croise quasiment personne malgré la saison, la moindre défaillance pourrait être très dangereuse. Je ne suis pas au bord d'une nationale où 5000 voitures passent chaque jours.
C'est donc au tiers du GR que je décide de le quitter pour rejoindre Laëtitia sur la côte Est. Mais je ne suis pas au bout de mes peines. De longues heures de progression m'attendent encore.
Je redescends donc au refuge le plus proche où je passerai la nuit et reprendrai la route tôt demain matin.
29 juillet:
Dès 5 h, je prends le sentier éclairé par la frontale. Je surprendrai plusieurs mouflons et assisterai à un superbe levé de soleil.
Il me faudra rejoindre une ancienne bergerie puis rattrapper un chemin DFCI qui me permettra de redescendre sur la côte.
Tout ça sans nourriture, juste avec de l'eau. Heureusement, le fait de partir à la fraiche limitera ma consommation. J'arriverai donc au refuge vers 10 h. 3h plus tard, j'arriverai dans un petit village.
Il me restera encore 20 km pour arriver à Ghisonaccia. Malheureusement, le village ne dispose d'aucun endroit pour me restaurer et je n'ai rien avalé depuis hier soir. Les 8 h d'effort m'ont quand même bien entammé.
Je demande donc à une dame si elle connait un endroit proche me permettant de me ravitailler. Immédiatement, elle m'invitera chez elle et me préparera un sandwich. Je devais avoir un visage marqué sans doute.
Je repartirai 1 h plus tard par un sentier qui me permettra de gagner 6 km.
j'arriverai donc vers 16 h au centre de secours de Ghisonaccia. Je ferais les 50 km restant pour rejoindre Laëtitia le lendemain matin.
30 juillet
Je n’ai pas de nouvelles de Sylvain depuis hier midi. Je sais uniquement qu’il a réussi à sortir du GR20 avec quelques difficultés et qu’il est arrivé dans un village où une femme semble-t-il très charmante l’a nourri et remonté le moral, merci madame!
Mais une nuit a passé et je m’inquiète. Qu’a-t-il fait cette nuit, il est sur la national à l’heure qu’il est et il a forcément des moyens sur la route pour me téléphoner. Cela va faire un jour et demi sans aucune nouvelle. Je me fait des films et exagère semble-t-il la situation.
Et pourtant, cela fait 8 mois que nous sommes ensemble 24h/24, il est difficile pour moi de vivre sans lui à moins de 10 mètres et là, 100 kilomètres de montagne nous séparent. Tout est possible. Surtout parce qu’il quitte le sentier à cause d’une grande fatigue général et un manque d’hydratation sur le GR.
Les heures passent, il est 17h30, j’angoisse de façon démesurée comme la veille de partir au Cap Nord (peur de l’inconnu). Je fais part de mes appréhensions aux pompiers de Cervione qui m’accueillent depuis 2 jours à la caserne en attendant Sylvain.
Le chef de garde décide sans me prévenir d’aller à sa rencontre avec un véhicule de casernement. Je le revois un peu plus tard dans les locaux et me dit avec
assurance: « Votre collègue porte un tee-shirt orange, sac à dos et bâtons de ski, et bien il est à moins d’un kilomètre d’… »
Ce pauvre monsieur n’a pas le temps de terminer sa phrase que le linge blanc que je portais dans les bras tomba à terre avec le téléphone portable s’écrasant au sol complètement disloqué.
Je file direction le réfrigérateur, attrape une boisson bien fraîche et pique un sprint mémorable direction la nationale. Mon cœur s’emballe d’excitation et de soulagement, mais dans quel état vais-je le retrouver ?
J’aperçois le tee-shirt orange et opère sans allure. D’un coup d’œil, je suis rassurée et vois qu’il se porte bien. Sa foulée, je la connais mieux que lui et sais dire ce qu’il se passe chez cet extra-terrestre des temps modernes.
Embrassade de soulagement pour tous les deux. Mais que font ces 2 là sur une nationale à s’embrasser, ont du se dire nos amis corse.
Il rentrera en caserne avec le respect de ses camarades pompiers.
Je le remettrai sur pied, il l’a bien mérité.
31 juillet
Bonjour à tous,
Nous reprenons la route ,cette fois-ci, à deux!
Et quel bonheur, comme une bouffée d'oxygène pour lui et moi.
Le terrain est vrai vrai boulevard pour Sylvain après ce qu'il vient de traverser. Pouvoir boire à saciété quand il le veut lui fait prendre conscience qu'il était vraiment dans des conditions plus que spartiates.
Et pour moi, avoir de l'aide morale et physique dans les montées change complètement la donne.
C'est donc vers Bastia que nous nous dirigeons où les pompiers de la ville nous attendent...
Enfin pas vraiment puisqu'ils sont à l'oeuvre depuis 10h00 ce matin pour un gros incendie d'usine qui a mobilisétoute une équipe.
Ils arrivent fort fatigués et nous aussi, la chaleur et le vent nous ont suivi toute la journée.
Mais tout ce passera bien malgré le manque de place. Ils nous libéreront une chambre avec un seul lit mais ce sera suffisant.
Nous ferons la connaissance de Ange dit "Tonton", un ancien bien sympathique et président de l'amicale entre autre. Un sacré gaillard avec un coeur en or.
Notre bateau pour Nice étant prévu pour 8h, il propose de nous emmener prendre le petit déjeuner en face de la caserne le lendemain matin à 6 h 30.